Recouvrement de créances commerciales : une nouvelle procédure sans juge
La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 (JO du 24 avril 2026) crée une procédure entièrement déjudiciarisée de recouvrement des créances commerciales incontestées. Pour les entreprises confrontées à des factures impayées entre professionnels, ce texte constitue une évolution notable : il n'est plus nécessaire de saisir un juge lorsque la créance n'est pas sérieusement contestée.
Un objectif simple : désengorger le contentieux des impayés non litigieux
Le texte part d'un constat récurrent : une part importante des factures impayées entre entreprises ne fait l'objet d'aucune contestation réelle du débiteur, qui se contente de ne pas payer. Pour ces situations, recourir à une injonction de payer ou à une assignation représentait un investissement procédural disproportionné. La loi du 23 avril 2026 s'inspire directement de la procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, créée par la loi Macron du 6 août 2015, mais l'étend aux créances commerciales sans plafond de montant.
Le champ d'application : des conditions volontairement restrictives
La nouvelle procédure ne s'applique qu'aux créances commerciales certaines, liquides et exigibles, ayant fait l'objet d'une facturation entre commerçants. Le législateur a délibérément écarté les créances plus complexes à établir — échéances de crédit, créances d'origine statutaire — qui nécessitent une vérification de fond incompatible avec un mécanisme déjudiciarisé.
Deux dispositifs coexistent désormais :
- la procédure des petites créances (article L. 125-1 CPCE), réservée aux créances non commerciales inférieures à 5 000 €
- la nouvelle procédure (articles L. 126-1 à L. 126-6 CPCE), ouverte à toute créance commerciale facturée entre commerçants, sans seuil de montant
Le déroulement concret de la procédure
- Le créancier mandate un commissaire de justice, qui signifie au débiteur un commandement de payer
- Le débiteur dispose d'un délai d'un mois pour payer ou contester
- En l'absence de réaction huit jours après l'expiration de ce délai, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation
- Ce procès-verbal est rendu exécutoire par le greffier du tribunal de commerce, après vérification de la régularité de la procédure
- Il doit être signifié au débiteur dans un délai de six mois, ce dernier conservant la possibilité de s'y opposer
- Il est également transmis au président du tribunal de commerce, dans une logique de détection précoce des entreprises en difficulté
Autre différence notable avec la procédure des petites créances : les frais de la procédure sont ici à la charge du débiteur, et non du créancier.


