Sommet Lumière : la France et la Corée du Sud structurent un partenariat industriel autour de l'image
Le 7 septembre 2026, la France et la Corée du Sud ont coprésidé à Saint-Paul-de-Vence le premier Sommet Lumière, un rendez-vous international consacré à l'avenir du cinéma et de l'image animée, réunissant environ 150 décideurs venus de plus de trente pays.
Organisé à l'initiative d'Emmanuel Macron et de Lee Jae-myung, l'événement s'inscrit dans le prolongement de la visite d'État du président sud-coréen en France (du 6 au 9 septembre 2026) et du 140ème anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays.
À cette occasion, les deux chefs d'État ont adopté une déclaration conjointe portant sur une initiative de coopération en matière d'investissement dans l'industrie mondiale du cinéma et de l'image, prévoyant un investissement combiné d'environ un milliard d'euros dans leurs secteurs respectifs du film et de la vidéo.
Un contexte de fragilisation du secteur
Le choix d'associer la Corée du Sud à cette initiative n'est pas anodin. Le pays a bâti, en une génération, une industrie culturelle capable de faire rayonner mondialement son cinéma, ses séries et son animation, tout en conservant une identité créative forte. Cette réussite intervient toutefois dans un contexte de tensions économiques structurelles pour le secteur. En effet, la France comme la Corée du Sud ont vu leur fréquentation en salles fragilisée depuis la pandémie, et le box-office coréen a chuté de plus de moitié entre 2019 et 2024.
Le sommet doit précisément porter sur la manière dont l'industrie doit répondre à l'essor de l'intelligence artificielle, faire face à la concurrence des plateformes et des réseaux sociaux, et surmonter les pénuries de financement qui touchent la création.
Les enjeux juridiques d'un rapprochement franco-coréen dans l'image
Au-delà de la portée symbolique de l'événement, ce type d'accord bilatéral appelle, pour les opérateurs économiques du secteur, une vigilance sur plusieurs plans qui relèvent directement de notre pratique en droit des affaires :
Structuration des opérations de coproduction et d'investissement
Un mécanisme de soutien conjoint franco-coréen suppose la mise en place de véhicules d'investissement, de conventions de coproduction et d'accords de distribution transfrontaliers, dont la rédaction devra anticiper les différences entre régimes de financement (crédit d'impôt, soutien automatique du CNC côté français, dispositifs coréens équivalents) ainsi que les règles de propriété intellectuelle applicables aux œuvres audiovisuelles créées à plusieurs mains.
Cession et exploitation de droits
Toute opération associant studios, plateformes et producteurs des deux pays implique une attention particulière portée aux clauses de cession de droits d'auteur et droits voisins, aux territoires d'exploitation concédés et à l'articulation avec le droit européen (directive SMA, quotas d'œuvres européennes) face à des partenaires extra-européens.
Financement et structuration capitalistique
Les instruments annoncés (fonds d'investissement, garanties, co-financements publics-privés) devront être analysés au cas par cas : nature de l'investisseur, conditions de gouvernance, clauses de sortie, et articulation avec les dispositifs français existants (French Touch, soutien Bpifrance aux industries culturelles et créatives).
Intelligence artificielle et création
Le sommet aborde explicitement la question de l'IA dans la production audiovisuelle, un sujet qui recoupe des enjeux de propriété intellectuelle (statut des œuvres générées ou assistées par IA), de droit à l'image des interprètes, et de conformité au règlement européen sur l'IA, autant de points appelés à structurer les futurs contrats de production.
Ce qu'il faut retenir
Ce Sommet Lumière ne constitue pas en lui-même un texte normatif contraignant. Il s'agit d'une déclaration d'intention politique, assortie d'engagements d'investissement dont la mise en œuvre juridique et contractuelle reste à construire.
Pour les producteurs, studios et investisseurs qui envisageraient de structurer des opérations dans ce cadre franco-coréen, une analyse juridique dédiée sera nécessaire dès lors que des projets concrets de coproduction, de cession de droits ou de financement se dessineront.
Sources : Présidence de la République française, Ambassade de France en Corée du Sud, Seoul Economic Daily.
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